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L'OTPP, de 1947 à aujourd'hui.

En 1997, pour la célébration du cinquantaine de l’OTPP, l’abbé Michel Deswarte, qui fut un moteur de l'OTPP, voulut bien en retracer les grands moments depuis l’origine. Une histoire qui s'inscrit dans l’évolution de la communication de l’Eglise, du bulletin de Monsieur le Curé aux journaux, répartis sur quinze diocèses, que fédère aujourd’hui l’OTPP.

 

D'abord la préhistoire

 

Avant de parcourir notre itinéraire, un petit détour s’impose que l’on peut appeler la "pré-histoire de l'OTPP" . Il était une fois un jeune vicaire génial à l'esprit missionnaire qui remportait un vif succès auprès de la jeunesse dans la paroisse de Berkem, à La Madeleine. Il s'appelait Jean Trémeau
Ce jeune vicaire, dans les années 33/34, éditait un petit journal mensuel de 8 pages au format 21/27 avec couverture en couleur et qui était financé – déjà ! - par de la publicité. Ce modeste journal intitulé Nos loisirs faisait la loi dans les programmes de cinéma du quartier dont le gérant était attentif aux critiques de films ! Outre cette activité de communication, l'abbé avait lancé à Berkem des ateliers où des jeunes pouvaient s'initier à l'électricité et à l'imprimerie. Il animait aussi un comité de loisirs.
La guerre mit fin à ce fécond ministère. L'abbé, fait prisonnier, séjourna au fameux camp de Buchenwald où il a sans doute commencé à connaître des problèmes de santé. Au retour de la captivité, Jean Trémeau, nommé aumônier du Secrétariat Social d'Armentières, prit une initiative qui nous fait maintenant rejoindre l'histoire de l'OTPP.

 

Naissance de l'OTPP

 

A l'intention de ceux qui n'ont pas vécu l‘époque immédiate de l'après-guerre, je voudrais préciser le climat caractéristique qui marquait l'Église. Depuis une vingtaine d'années, la JOC, bientôt suivie d'autres mouvements de jeunes, faisait passer la pastorale d'un système de défense et de protection par rapport au monde, à une ouverture aux réalités. La JOC par ses enquêtes révélait ce qui conditionnait la vie humaine et la foi des jeunes travailleurs ; elle les engageait à transformer la vie ouvrière en l'éclairant des lumières de l'Évangile. 
Des militants avaient été présents dans les camps du STO (le service du travail obligatoire, organisé par les Allemands) et avaient pu découvrir l'état de l'ensemble de la jeunesse, notamment par rapport à l'Église. A cette époque un livre a fait l'effet d'un détonateur, je veux parler de celui qu'ont publié en 1943, en pleine guerre, deux aumôniers jocistes, Henri Godin et Yvan Daniel : "La France, Pays de Mission ?" Le point d'interrogation qui terminait le titre du livre joua bien son rôle ; nombreux furent ceux qui, à cette époque et depuis, ont pris conscience d'une évolution considérable et qui n'a fait que développer le phénomène dit de "déchristianisation'! 


Jean Trémeau ne résista pas au sursaut salutaire de cette époque. Après la guerre, les missions paroissiales d'antan semblaient ne plus correspondre à la situation. Ce sont « les nouvelles Missions de l'intérieur » qui se sont lancées : de nombreuses équipes de prêtres, religieux ou prêtres diocésains venaient s’installer pour un mois dans un secteur urbain. S'ils attiraient encore des foules dans les églises, ils essayaient aussi - et c'était la nouveauté - de rejoindre les gens chez eux, dans de petites réunions de quartiers, au plus près des réalités de la vie. Rejoindre ceux qui sont loin, voilà ce qui a fait tilt dans la tête de Jean Trémeau.
Il voulut créer un "média-papier", comme on dit aujourd'hui, au service de la pastorale populaire ; ce fut le journal " C’est l’Amour ". Disons-le, ce fut un franc succès. Cela se passait en 1947. Fort de cette première expérience, l'abbé déposa les statuts de l’Office Technique de Presse Populaire dès le 21 février 1948. L'acte de naissance de l'OTPP est contresigné par M. Fichelle, imprimeur, Michel Logié, journaliste, Robert Hennart, alors directeur de l'École supérieure de journalisme de Lille, et par Jean Leroy, journaliste, qui collabora longtemps dans l’équipe de rédaction du fonds commun.

Un outil missionnaire

 

Pour exprimer la nouveauté de l'entreprise, j'évoquerai simplement le bulletin paroissial de mon enfance et les bulletins paroissiaux des années 1920 à 1947. C'étaient, en effet -j'ai choisi le mot à dessein-, des bulletins plutôt intérieurs d'une Église qui se croyait chez elle partout sans conteste. Tout le monde en France était censé être chrétien, peut-être un peu refroidi, mais chrétien quand même. Monsieur le curé s’y adressait à ses "chers paroissiens". Parfois ce petit bulletin empruntait à un fonds commun (de la Bonne Presse, si j'ai bonne mémoire) où excellait la plume alerte du Chanoine Loutil qui signait ‘’Pierre L'ermite’’.
A cette époque, les querelles du début du siècle traînaient encore dans beaucoup de mémoires, ainsi que les attaques des scientifiques concernant les vérités religieuses, aussi éprouvait-on le besoin d'articles apologétiques. Mais on n'avait guère de préoccupations missionnaires : ceux qui ne croyaient pas étaient dans l'erreur, un point, c'est tout !
La nouvelle formule dit bien ce qu'elle veut être : un « office » pour aider techniquement les paroisses à réaliser un journal de proximité qui puisse intéresser le public le plus large. Bref, un outil missionnaire. Et, dès le début, s'organisent des réunions de formation où les laïcs sont invités. Ensemble il fallait s'entendre sur le contenu du journal, sur le style d'écriture et de présentation à adopter. Naturellement l'effort demandé étant souvent au¬-dessus des possibilités des paroisses, l'OTPP propose de les aider par la rédaction d’un fonds commun qui s'intitule "Nos Quartiers". Là, chacun pourra puiser de quoi étoffer sa locale et aborder des questions plus générales.
L'abbé Trémeau est entreprenant. La réussite semble certaine : le tirage en juillet 1948 est de 125 000 exemplaires, il passe à 480 000 en janvier 49, il monte à 600 000 en mai, avec, déjà, 250 éditions. Dès 1949, se tient une première assemblée générale à Paris, rue du Temple.

Une dangereuse crise

 

C'était peut-être trop beau, ce démarrage sur les chapeaux de roues. L'ennui, c'est que l'abbé était aussi mauvais gestionnaire que bon apôtre. Généreusement, toujours dans un but missionnaire, il offrait aux paroisses de faire l'essai d’un journal pendant quelque temps, à charge pour la paroisse de faire une collecte spéciale et de la lui verser. Malheureusement les collectes ne suffisaient pas et, comme on le dit dans la sagesse populaire, on ne peut pas payer ses dettes avec des prières.
Bref, les dettes s'accumulèrent au point que le l'imprimeur, la SILIC à ce moment-là, réclama le paiement de ses factures sous peine de tout arrêter. L'abbé était sur le point d'être poursuivi en justice. Le cardinal Liénart fit alors appel à l'entreprise DANEL pour éponger la dette, gérer l'impression et l’administration des journaux. Le patron de cette entreprise, Monsieur Léonard Bigo, proposa à Monsieur Jacques TALPAERT, administrateur de "La Voix du Nord", de s'occuper de cette « affaire ». Ce dernier, après avoir reçu et écouté tous les membres du personnel, procéda à un licenciement collectif, ne gardant que deux personnes : Albert Vaernewyck et Bernadette Dehondt.
Ainsi naquit la « Société Centrale de Presse et de Publication » ; tel était, en effet, à l' origine le sens du sigle SCPP. La déclaration officielle date du 16 août 1949 et c'est Albert Vaernewyck qui devient le premier secrétaire général de la nouvelle société.


À partir de là, l'histoire de l'OTPP et celle de la SCPP se déroulent parallèlement. La similitude des sigles est une erreur d'origine qui n'a jamais cessé, depuis lors, d'engendrer des malentendus coriaces, surtout que les deux organismes ont toujours cohabité. Le siège était à Lille, 18 rue de Toul ; il fut transféré boulevard Vauban avant de se fixer, pour une longue période, face à la cathédrale de Lille inachevée, au 17 rue du Cirque, puis à Mons-en-Baroeul, 21 av. Léon Blum. 

Un rythme de croisière

 

Avec le nouveau partenaire, la SCPP, un contrat de réciprocité est signé, qui libère l'OTPP de tout l'aspect administratif et technique. L'OTPP peut alors se consacrer à sa tâche essentielle qui est !a pastorale.
Fin 49, est lancé un magazine rural, "Semence", qui tire à 80 000 exemplaires. La santé de l'abbé Trémeau se dégrade de plus en plus et le cancer finira par l'emporter en 1953. Pour lui succéder, l'évêque de Lille consacre au service de l'OTPP l'abbé Albert Denis qui revient dans le diocèse après avoir assuré l'aumônerie nationale de l'ACO. Son passage sera de courte durée, car il décédera à son tour en 1958. C'est alors que l'abbé Marcel Debyser entre en fonction avec l'aide de plusieurs prêtres et laïcs. Mais ses collaborateurs disparaissent les uns après les autres. L'abbé, déjà écrasé par d’autres ministères, se trouvera presque seul à assurer la rédaction et la marche de l'association.


La charge rédactionnelle pesait lourd à ce moment-là, car, de 1955 à 1961, paraissait l'hebdomadaire "Sept Jours", apprécié des paroisses car il suivait d’un peu plus près l'actualité. Mais en 1962, nos deux organismes s'accordent pour cesser de diffuser le magazine. On s'est aperçu que son coût élevé occasionnait un déficit, épongé par les utilisateurs du tabloïd : il est contraire à nos principes de faire payer les dettes de plus riches, ceux qui s'offrent un magazine, par les plus pauvres, ceux qui se contentent du tabloïd. La formule "Présence" permettra de satisfaire les anciens utilisateurs du magazine en leur proposant le tabloïd avec un papier de meilleure qualité : "Dialogue" paraîtra en 70, mais avec la vérité des prix.
La rédaction du fonds commun national souffrait d'être tout entière rédigée par un seul homme. Aussi, bien des secteurs urbains, notamment Dunkerque, Tourcoing, Roubaix, Lille, rédigeaient un fonds commun original. Le chancelier de l'évêché de Lille, Mgr André Chavanat, commis par l'évêque à suivre notre Office, s'en inquiéta et nous réunit, les prêtres concernés, pour nous faire une proposition : “pourquoi, dit-il, ne mettez-vous pas en commun vos rédactions pour réaliser un texte plus varié?” Ainsi fut créée, autour de Jacques Allaeys, une équipe nouvelle de prêtres et de laïcs, équipe qui a dû fréquemment se renouveler par suite de départs ou de décès.

Evolution technique à la SCPP

 

De son côté, la SCPP poursuit son équipement en intégrant les progrès techniques. Passée à l’impression offset bien avant certains grands quotidiens, elle se permet de sortir la ‘’une’’ de Noël 61 en quadrichromie, s’il vous plaît ! Depuis 1966, elle fabriquait ses typons et depuis 1969 réalisait ses maquettes. La rue du Cirque devient une ruche bourdonnante. En 1971, intervient la composition par IBM multipoints, en 1975 c'est la photocomposition, en 1983 la linotype "nouvelle génération" et finalement en 1987 le laser.
 

Le but : aider les équipes de terrain


Je ne voudrais pas bloquer notre histoire sur le seul aspect rédactionnel, car le but de l'OTPP n'est pas de diffuser au maximum son fonds commun, mais bien d'aider chacun des adhérents à s'équiper d'une presse locale de paroisse ou de secteur. Il devient difficile de compter nos adhérents. Au début, pas de problème : c'étaient les paroisses et on en comptait un petit millier. Mais aujourd'hui nous avons des paroisses nouvelles qui regroupent parfois dix anciennes paroisses et, de plus en plus, on travaille en secteur. Nous ne voulons pas entraver les projets pastoraux mais les servir au mieux. A tous, l'OTPP offre une réflexion pastorale sans cesse ajustée aux réalités de ce monde et des moyens de formation pratiques. 
L’association a été successivement présidée par le chanoine Aimard du diocèse d'Arras, l'abbé Jacques Allaeys du diocèse de Lille, l'abbé Marcel Mériaux du diocèse de Cambrai. Michel Deswarte assura l’intérim avant la désignation, à partir de 1989, du chanoine Robert Verpraet du diocèse de Lille, président durant treize ans. Il est décédé le 31 août 2007. 
 

Au fil des ans, les assemblées générales d'autrefois sont devenues des réunions de travail, de véritables sessions avec des intervenants de qualité. L'important est que ces rencontres aident efficacement chacun à réaliser son journal. Pour cela, ces rencontres ont toujours comporté une part de réflexion pastorale et une part plus techniques de presse. L'intuition de départ n'a jamais été abandonnée, elle fut peaufinée au gré des évolutions de la société et fait l'objet d'une charte rédactionnelle qui cherche à privilégier la cible la plus éloignée parmi les lecteurs, pour leur parler des problèmes de la vie qui concernent tout le monde, dans un langage "audible et crédible", en se méfiant de la tentation permanente de repli sur l'institution-Église et de sa langue de bois. Nous avons sans cesse travaillé pour amener les rédactions locales à adopter la même charte rédactionnelle, afin que de nos journaux se dégage un visage d'Église cohérent et fidèle.
L'arrivée à la rédaction de son nouveau chef, Bernard Podvin, professeur de théologie au séminaire interdiocésain et diplômé de l'École Supérieure de Journalisme de Lille, a permis d'aller davantage sur le terrain aider les équipes locales ou diocésaines. Nos interlocuteurs sont de plus en plus aujourd'hui les chrétiens et plus seulement les prêtres. Mais nous ne perdons pas de vue que les prêtres demeurent les inspirateurs de la pastorale.

L'arrivée de Bayard Presse

 

Après l'assemblée de Raismes en 1991, M.Jacques BIGO annonça la mise en vente de la SCPP, devenue la Société Centrale de Presse et de Publicité par l'introduction d’une régie publicitaire. Cela causa à notre association, ainsi qu’au personnel de la SCPP, de vives préoccupations. À quelle sauce serions-nous mangés? Le vendeur ne semblait pas très soucieux des enjeux moraux qui nous inquiétaient, nous ! En effet, il s'agissait pour nous de découvrir un repreneur capable d'entendre nos raisons pastorales. Nous ne connaissions alors que vaguement Bayard-Presse. Les négociations que nous avons menées, main dans la main, avec Franz PARYS nous ont fait découvrir l'interlocuteur souhaité. Les tractations Bayard/SCPP ont été laborieuses. Finalement il est devenu clair pour nous que la véritable valeur de la SCPP, c'était nous OTPP. Il fallait le faire découvrir au vendeur : nous avons alors fait éditer par surprise un numéro de « Message Textes » par les Presses Jurassiennes de Dôle . Ce fut un choc assez dur, mais salutaire. A partir de là, les affaires ont avancé.
Depuis notre mariage avec Bayard, la paix et l’harmonie règne dans le couple et nous avons essayé de rattraper le temps perdu. D'abord, Bayard, qui avait repris le journal « Dimanche », édition française, maîtrisait très mal cette activité hors série pour leur groupe. Elle lui fit découvrir la gestion d'une presse paroissiale. Nous avons tous bénéficié de l'apport des savoir-faire de Bayard-Presse, du dynamisme à toute épreuve de Franz Parys et des responsables de Bayard, Ghislain Lafon et Hubert Chicou. Cette collaboration entre un organisme pastoral et une société éditrice a tellement paru fructueuse que l’OTPP a pu aider d'autres régions à surmonter leurs difficultés en matière de presse paroissiale. Nous ne pouvons que nous réjouir d'avoir pu déclencher cette implication d'un grand groupe de presse catholique dans la presse locale chrétienne.

Il manquerait un fleuron important à l' histoire de l'OTPP, si on ne mentionnait la part prépondérante que l’Office a pris, conjointement avec “ Le Journal Paroissial ” de Limoges, dans la fondation de la Fédération nationale de la presse locale chrétienne (FNPLC). Notre présence active a contribué à rendre efficace ce qui aurait pu n'être qu'une accolade pour les diverses maisons qui, en France, poursuivent un objectif proche du nôtre. 
Robert Verpraet, le président de l’OTPP, en même temps que président de la FNPLC, avait organisé une ‘’Journée portes ouvertes’’ à Paris en mars 1992 afin de promouvoir une visée commune des divers journaux paroissiaux de France. Ajoutons que cette fédération est membre de l'association de la presse catholique dont Robert Verpraet était aussi à l’époque le vice-président. 

En guise de conclusion

 

Ce survol de 50 ans d'histoire ne demande pas une conclusion proprement dite, car cette histoire n'est pas près de finir, je l'espère. Le diagnostic ne soulève pas d inquiétude exagérée. L’avenir ne sera pas sans problème; pourquoi ne trouverions-nous pas les solutions au fur et à mesure? Non, l'histoire n'est pas un perpétuel recommencement, mais plutôt un perpétuel commencement. Et l'Esprit de Dieu, comme dans la Genèse du monde, est là, tout notre passé en témoigne. Nous pouvons rendre grâce au Seigneur et lui redire "envoies ton souffle et tout sera renouvelé ".